I. La Dark Fantasy
La Dark Fantasy est un sous-genre de la Fantasy porté sur le côté sombre de notre humanité. Elle met en scène une atmosphère oppressante, où les thèmes de la mort et de la corruption sont centraux. Elle est sombre par son cadre, mais n’est pas forcément dénuée d’espoir. On peut y trouver des éléments d’horreur, et parfois une violence extrêmement crue et cynique.
Un monde « sombre »
Il serait caricatural de ne visualiser que la nuit, le lugubre/macabre, et le gore. L’ambiance de la Dark Fantasy est oppressante dans le sens où le monde est dangereux, menaçant.
Une moralité grise
La Dark Fantasy prend le contre-pied du héros bon et courageux issu de l’idéal du chevalier courtois. Il ne s’agit pas d’affronter l’incarnation du Mal (pour le mal). Mais plutôt de considérer le monde et les personnages comme des réalités complexes.
Des anti-héros
Les protagonistes de la Dark Fantasy ne sont jamais de bonnes personnes avec des faiblesses, ni de mauvaises personnes avec des qualités. Ce sont des gens, comme vous et moi, qui doivent vivre avec les conséquences de leurs actes. Leurs intentions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, peuvent engendrer autant de positif que ne négatif.
Des thèmes matures
Le thème de la vengeance est largement déployé, mais il est loin d’être le seul. Le deuil, la résilience, la corruption ou encore le pessimisme sont très présents.
Catégories
Il est assez difficile de catégoriser les oeuvres de Dark Fantasy, dans la mesure où elles ne sont pas étanches les unes par rapport aux autres. Mais pour vous donner une idée de ses grands « courants »:
- Nihiliste: Une Dark Fantasy extrême dans la violence et la crasse. C’est un monde sans espoir, avec des personnages irrécupérables, quoi qu’ils fassent. Le cynisme est omniprésent, et la brutalité a une dimension gratuite. (Lawrence: L’empire brisé)
- Grimdark: C’est le sous-genre le plus répandu. On y retrouve beaucoup de cynisme, mais l’intention n’est pas de choquer pour choquer gratuitement, au contraire. Il s’agit de montrer la réalité grise telle qu’elle est. Nous abusons du pouvoir, nous sommes égoïstes, de mauvaises choses arrivent parce que tout le monde s’en fiche. Les choix, les actions, ont des conséquences. Les solutions ont un coût élevé, voire terrible. (Abercrombie: La première loi).
- Horreur: Bien qu’il s’agisse d’un genre à part entière, l’on peut retrouver une dimension horrifique dans la Dark Fantasy. Le récit est centré sur des terreurs surnaturelles ou cosmiques, et la confrontation avec le cauchemar. Les thèmes de la folie, des terreurs psychologiques, de l’épouvante, du mythe sombre sont généralement centraux. (Lovecraft: Le mythe de Cthulhu)

II. Ma vision de la Dark Fantasy
Ma vision de la Dark Fantasy, est centrée sur la psychologie des personnages et le réalisme des conséquences. Il s’agit moins de traiter la lutte du bien contre le mal que d’explorer les limites du jugement individuel et la force de la Résilience face à un monde injuste.
La brutalité du monde n’a d’égal que sa beauté.
Le Jugement Contre l’Oppression
Une philosophie inspirée par le stoïcisme: nous sommes maîtres de notre jugement, mais non des événements.
- Affirmer sa Volonté : Dans La Matrice des abîmes, les personnages sont constamment contraints par la peur et les systèmes de pouvoir (la pègre, le pouvoir autoritaire, la secte des Invisibles). Le véritable conflit n’est pas la guerre, mais la nécessité pour le héros (Ivalt) de faire un choix, pour lui-même, sans être une « marionnette activée par les fils de la narration ».
- La Conséquence : Rien n’est gratuit. Les actions, même celles faites avec de bonnes intentions, ont un coût. Mes personnages doivent affronter les conséquences de leurs actes.
L’Éthique de l’Être contre l’Avoir
La dichotomie du bien contre le mal est remplacée par celle de l’être contre l’avoir.
La moralité grise naît de l’attachement à la possession : pouvoir, désir, appartenance, Matrice, statut, ou même l’obéissance des autres.
- L’Obsession de l’Avoir : Le ressentiment nait de la privation, du vol ou d’une blessure. Quelque chose a été dérobé, enlevé, ou cassé, et l’on cherche à le récupérer d’une manière ou d’une autre. Certains opportunistes sont près à tout pour servir leurs propres fins, d’autres cherchent seulement à retrouver ce qui a été perdu, même en palliatif. La compensation prend une dimension plus importante que la vengeance.
- Le Choix de l’Être Ensemble : La Résilience naît du choix d’une éthique alternative :
- Être : Se comprendre, voir même s’accepter, malgré ses défauts, malgré ses actes.
- Être Ensemble : Construire des liens basés sur le respect du libre arbitre de l’autre, plutôt que sur la possession ou le contrôle.
Lueur d’espoir
La Dark Fantasy n’est pas dénuée d’espoir, mais il est ténu et son coût est très élevé.
- L’Adaptation : La survie n’est pas un miracle, mais un processus d’adaptation, factuel et psychologique, à un environnement hostile. Environnement qui est autant intérieur à chacun, qu’extérieur.
- La pollution intérieure: Le ressentiment, la peur, les doutes, la culpabilité, la douleur, le désir possessif nous rongent de l’intérieur. Ils affectent la perception que nous avons de nous-même, et par conséquent celle que nous avons des autres et tout ce qui nous entoure. Car nous jugeons avec ce dont nous sommes pourvus (bon sens, expérience…), et nous le projetons.
- La perception: La perception de l’espoir, c’est croire en l’être. Loin de souhaiter que « tout va s’arranger », c’est voir une confiance possible, éprouver de l’empathie, choisir d’agir pour créer quelque chose.

